Mondial - Carte blanche à Martin Hess

sam 08 nov–14 déc 2003
Xavier Ruiz Miço Kendes
Le Mondial célèbre la lecture de l'épiderme du monde, la constante re-création du monde par notre perception et notre connaissance. Il tente de séduire notre regard et de l'amener à considérer que, au-delà de toute échelle de valeur traditionnelle, une boîte de conserve et un cabas à provision constituent un événement esthétique et une figure de pensée à part entière, au …

Le Mondial célèbre la lecture de l'épiderme du monde, la constante re-création du monde par notre perception et notre connaissance. Il tente de séduire notre regard et de l'amener à considérer que, au-delà de toute échelle de valeur traditionnelle, une boîte de conserve et un cabas à provision constituent un événement esthétique et une figure de pensée à part entière, au même titre qu'une oeuvre artistique et un objet de culte.

Le désir d'ailleurs et l'envie du retour sont deux pulsions fondamentales de l'homme moderne. Leur relation conditionne le rapport que l'individu et la société entretiennent avec l'espace et le monde. A chacun des deux désirs répond un mode de perception et de rêve propre. La contemplation constante de l'immuable quotidien et de ses variations infinies ouvre des possibilités perceptives et sensorielles toujours renouvelées à celui qui se penche sur ce qui est familier et proche. Le désir d'ailleurs capte la connaissance esthétique et intellectuelle par la confrontation avec autrui, par le déchiffrage de l'autre quotidien qui, lentement, dissout les fausses certitudes de soi. C'est précisément en Suisse, pays de petite taille et compartimenté que ce clivage entre l'envie du retour et le désir d'ailleurs se radicalise et devient une force déterminante de la culture suisse, depuis “Henri le Vert” de Gottfried Keller jusqu'au “Discours in der Enge” de Paul Nizon.

Avec LE MONDIAL, Martin Hess cherche à deviner les mondes imagés et les rapports au monde de ces désirs et tisse un entrelacs sensoriel entre une pointilleuse vision rapprochée et une quête fébrile d'une vision globale. LE MONDIAL, ce n'est ni une exposition d'art au sens traditionnel présentant quelques oeuvres au regard du connaisseur à l'oeil scrutateur et gourmand, ni une manifestation ethnologique qui instruit le touriste cultivé. LE MONDIAL transpose quelques oeuvres et objets en un espace qui se veut être un monde en miniature, à l'instar des cabinets de curiosité du 18ème siècle qui enseignaient les savoirs à travers l'étonnement, et de l'environnement des années 60 et 70, qui tend à dissoudre l'oeuvre artistique bourgeoise en un espace d'expérimentation sensorielle.

Le leitmotiv du MONDIAL est la corne de brume. Le son évoque la vision des bateaux à roue à aube sillonnant nos lacs brumeux ou celle des paquebots amarrés dans un lointain port automnal - appel du lointain et appel du pays à la fois. Une installation sonore du cinéaste et musicologue Cyrill Schläpfer et une oeuvre de l'artiste Peter Regli en collaboration avec l'Ensemble für Neue Musik sondent les strates sonores et associatives des cornes de brume des lacs suisses et invitent à une écoute de plus en plus attentive d'un seul son et des univers qu'il révèle. Les projections de la vidéaste et photographe Marianne Müller - des scènes de la vie quotidienne du monde entier - prises sous un angle de vue légèrement décalé, qui nous font entrer dans des cultures étrangères comme dans une autre temporalité, tournent autour d'elles-mêmes et montrent que la certitude du spectateur sûr de lui se dissout dans le miroir oscillant que l'image et la perception se renvoient mutuellement. Les installations et les collages de Daniel Affolter collectent le folklore quotidien et les icônes médiatiques, et construisent des espaces et des images qui reflètent la trame animiste de notre âme, vitrines ethnologiques des temps présents. Les négatifs partiellement abîmés et oxydés provenant d'un studio de prises de vue pour des photographies officielles de Segu, Mali, re-photographiés et imprimés comme des positifs, révèlent sans emphase la physionomie d'un village, traces illisibles d'une épopée banale d'un lieu surgi de nulle part dont personne ne racontera l'histoire. Des vitrines présentent des objets quotidiens d'Europe, d'Asie, d'Afrique, de l'Amérique latine et constituent un antimusée qui révèle la richesse aléatoire du monde, le délire délicieux du supposé banal, la promiscuité des signes dans un monde globalisé. LE MONDIAL présentera des concerts programmés ou imprévus. Nous offrirons, entre autres, l'hospitalité aux musiciens du métro parisien. S'échappant ainsi du flux monotone des passagers, ils seront accueillis au Centre culturel suisse où ils pourront être réellement écoutés et ils transporteront une ébauche de dialogue dans l'espace urbain à l'abondance aléatoire.

sam 08 nov–14 déc 2003

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