Reto Pulfer

Bourgeon purin pur

sam 18 mai–21 juil 2019
Vernissage : 17 mai 2019

18h–21h
performance à 20h

Samedi 9 mars : Ipomoea baignoirensis, performance autour de l’installation éponyme à l’occasion des journées Seeds & Soil 

Samedi 18 mai ouverture exceptionnelle jusqu’à 22h à l’occasion de la Nuit européenne des musées 

Chaque samedi et dimanche à 16h, visite flèche de l’exposition

Tarif : entrée libre
Nives Widauer L’image murale en Europe

Des orties et ipomées — semences ramassées et pousses déterrées à Paris — sont transplantées dans la cour intérieure dès le mois de mars, et donnent naissance à l’installation “Ipomoea baignoirensis”. 

Des orties et ipomées — semences ramassées et pousses déterrées à Paris — ont été transplantées par Reto Pulfer dès le mois de mars dans la cour intérieure, et ont données naissance à l’installation Ipomoea baignoirensis.

À cette platebande inhabituelle s’ajoute au mois de mai une installation dans la pièce sur cour, où il se penche plus précisément sur l’ortie. Avec une démarche expérimentale, l’artiste tente de (re)découvrir ses capacités de transformation. Cette pratique est propre à Reto Pulfer. Ses installations immersives se composent souvent de textiles et fils qui créent des espaces rhizomiques et abritent des objets et traces de son intérêt pour la métamorphose. Reto Pulfer considère le potentiel mnémotechnique et imaginaire de ses installations : elles forment des espaces en dialogue avec un environnement immédiat et cosmique. Le désir de s’orienter, de se stabiliser et de s’enraciner, se mêle ainsi aux possibilités d’errer, de s’adapter et de se transformer sans cesse.

Reto Pulfer est un autodidacte. Quelqu’un pour qui il est important de tout faire soi-même, de manier le matériau à travers de nouvelles (mais surtout d’anciennes) techniques. Cette production, aussi approximative ou imparfaite qu’elle soit, est au centre de son attention. Ainsi, Reto Pulfer crée des espaces en textiles ou des réseaux de fil qu’il coud, tisse et tricote, pratique la technique de céramique japonaise Raku et la teinture à base de plantes, bricole un instrument de musique. Il utilise son instrument – Synästhesizer, synthétiseur synesthésique avec des cordes de guitare – dans des performances multi-sensorielles de musique, d’odeurs, de danse et de traces de textes magiques : jeux de mots et néologismes combinant des bribes d’allemand, de suisse-allemand, de français et de latin. Il poursuit l’écriture d’un roman, Gina, dont la protagoniste éponyme est une créature-ortie (extraits disponibles à l’accueil). L’ortie est aussi la protagoniste de son projet Bourgeon purin pur au CCS. Cette plante à rhizome, piquante, qui se défend et prolifère, possède une multitude d’usages pour les humains : plante médicinale et comestible, ses fibres étaient aussi utilisées pour le tissage de textiles ou de cordages. Les fibres d’orties, difficiles à extraire, ont été bientôt remplacées par le lin et plus tard par le coton, mais elles ont toujours connu des regains de popularité en temps de précarité de par le caractère proliférant de l’ortie, qui ne nécessite aucune culture. Pendant la première guerre mondiale, les uniformes des soldats allemands étaient faits de toile d’orties, et toute la population était sollicitée pour contribuer à la récolte de cette ressource « gratuite ». Les tiges, feuilles et graines étaient achetés au poids dans des centres de ravitaillement officiels, et la population était sommée de ne pas trop manger de soupe d’orties. Cette histoire d’oubli et de redécouverte de l’ortie se reproduit aujourd’hui, à l’heure de la prise de conscience de la toxicité de la production de coton, qui pollue et dévore les réserves d’eau, particulièrement en Inde. Reto Pulfer présente une déclinaison des diverses étapes de la production d’un textile à base de fibres d’orties, une entreprise quasiment absurde dans son contraste entre la disponibilité débordante de cette ressource, et l’énergie humaine considérable nécessaire à sa transformation.

Des plantes généralement dépréciées constituent la base de la plantation dans la cour Ipomoea baignoirensis. Leur croissance, initiée par une performance de plantation musicale et chamanique en mars, est placée sous observation.

Les ipomées et orties, considérées comme de mauvaises herbes, reçoivent ici un nouvel emplacement et une attention jardinière. On voit grimper l’ipomée, escaladant un filet qui rappelle la forme de sa fleur en trompe. Les graines d’ipomée, pourtant importées d’Amérique du Sud il y a plusieurs centaines d’années, ont mémorisé les conditions climatiques et caractéristiques du sol urbain. Une autre ambiguïté est introduite avec les orties : fertilisées avec un purin d’orties fermentées, elles poussent grâce à un circuit quasi cannibale, et les toiles sur lesquelles figurent des orties sont teintes avec les feuilles ou rhizomes de ces mêmes plantes. Surgissent ainsi des questions autour des définitions de ce qui serait authentique, biologique, pur ou original. Le houblon, herbe grimpante cousine du cannabis et de l’ortie, complète la plantation avec une plante femelle et une plante mâle. Cette dernière est généralement éliminée dans les plantations de houblon car les fleurs fertilisées gâtent le goût de la bière.

Reto Pulfer invite à contempler les formes et mouvements des plantes avec un regard cosmologique: tandis que les houblons suivent le mouvement du soleil, les ipomées se retournent contre lui. Ces deux directions opposées de mouvements spiraux créent un tissage de tiges autour des fils tendus dans la cour – un système décrit aussi dans le dessin Trichter – Linkswindend – Rechtswindend – Hopfen, 2019, dans lequel ces mouvements se développent en une frise ornementale. Le fil de nylon qui s’étend en réseau dans la cour et la salle d’exposition, est composé de onze couleurs inspirées de la floraison des ipomées, et tissé selon un motif qui évoque lui aussi cet entrelacs de deux mouvements spiraux opposés. 

Par une approche holistique, une attention portée à la matière et des recherches scientifiques, Reto Pulfer forme une œuvre métamorphique, en mouvement, faite d’expériences et d’esquisses dans un enchevêtrement de récits documentaires et fantastiques.

Commissaire de l’exposition : Claire Hoffmann

sam 18 mai–21 juil 2019
art performance écologie

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