Miriam Cahn

Strategische Orte / Lieux stratégiques, lieu de menstruation

mer 11 mars–26 avril 1987
Luciano Rigolini Filiations et pratiques de l'architecture contemporaine en Suisse
Quand on sait comment se réalisent les œuvres de Miriam Cahn, l'approche de son travail change radicalement. En effet ses oeuvres qu'elles soient de petit ou de grand format sont réalisées sur le sol. C'est tout particulièrement dans les grands formats que la démarche artistique devient particulièrement apparente et significative, car l'élément de contrôle du processus de création - Miriam Cahn …

Quand on sait comment se réalisent les œuvres de Miriam Cahn, l'approche de son travail change radicalement. En effet ses oeuvres qu'elles soient de petit ou de grand format sont réalisées sur le sol. C'est tout particulièrement dans les grands formats que la démarche artistique devient particulièrement apparente et significative, car l'élément de contrôle du processus de création - Miriam Cahn dessine avec de la craie noircie - ne peut plus avoir lieu, contrairement aux œuvres créées sur une paroi verticale. Cet élément de contrôle concerne aussi bien l'espace de l'image et de son atmosphère, que l'occupation de cet espace par les surfaces opaques et les parties striées de lumière. Qu'un travail soit plus ou moins bien réussi dépend, pour cette artiste, de critères fondamentalement différents des critères habituels et cela me paraît, dans ce cas, particulièrement pertinent : en effet ses créations jaillissent spontanément, on pourrait presque dire aveuglément, de son corps. Ce processus présuppose une maîtrise totale de la conception générale de l'image et en même temps une conception totalement assimilée et intériorisée. Ceci explique la réalisation de séries : pendant un certain laps de temps les mêmes motifs reviennent, toujours les mêmes, s'ancrant toujours plus profondément dans leurs corps et leurs perceptions et présentant, selon les différents moments de la création, des colorations et des dramaturgies différentes.  Il y a environ quatre ans encore, les thèmes étaient nettement divisés en des mondes masculins et féminins. Le masculin représentait des rampes de lancement de fusées, des navires de guerre, des ordinateurs, des gratte-ciel, des stations maritimes de forage pétrolier, souvent de dimensions gigantesques. Les plus grands travaux mesuraient 7 x 5 m, dimension qui correspondait précisément au sol de son atelier. Ils étaient réalisés sur du papier translucide, assemblé et collé. Les motifs du monde féminin étaient des maisons isolées, un lit, un petit chariot, une table et continuellement des visages de femmes, des corps de femmes, sans bouche ou bouche vomissante. Les figures féminines ne dépassaient jamais la dimension humaine. Peu après l'exposition à la Kunsthalle de Bâle, en mars-avril 1983, le monde masculin perd son caractère d'opposition. Les groupes de figures féminines ouvrent des espaces féminins. Parallèlement la technique de la craie est de plus en plus transmutée par l'intervention du dessin avec les doigts (Biennale de Venise 1984). Lors de l'exposition à la Kunsthalle de Baden-Baden (décembre 1985/janvier 1986) apparaît une nouvelle bipartition; mais cette division n'est pas polarisée spécifiquement en masculin/féminin.
Montagnes, collines, villes sont des paysages peints, toujours sur grand format mais désormais sur du papier à dessin, qui conduisent en perspective vers un horizon. Ce ne sont pas les paysages qui sont menaçants, ce sont eux qui sont menacés. Ces montagnes et ces collines font penser à un lac sombre et tourmenté par-dessus lequel s'étend, comme une ombre, un ciel semblable aux ailes de la mort. Un gigantesque tremblement de terre attire les rangées de maisons de la ville vers un sombre épicentre. Évidemment la menace est masculine, cependant Miriam Cahn ne montre plus l'objet de la menace mais bien plutôt ses effets. À l'opposé, l'artiste continue (comme elle le fait depuis des années) à dessiner, sur de petits formats et des cahiers, les motifs féminins. Ici, les figures de femmes sont comme suggérées, aux contours rendus vagues par la technique de la peinture avec les doigts. Ce sont des espaces féminins dans lequels se trouvent de grands figures, repliées sur elles-mêmes comme un geste de la main, ainsi que d'autres petites en mouvement et parfois aussi des animaux.
Texte : Jean-Christophe Ammann (traduit de l'allemand)

mer 11 mars–26 avril 1987

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