Die Lufthunde (Les Chiens volants)

Trilogie

jeu 21–30 janv 1988
Duo Racine / Molinari La Collection de l'Art Brut
Les Lufthunde: Ueli Bischel et Marcel Joller reviennent à Paris, car Paris leur a plu. En mars l'année dernière, invités par le Centre culturel suisse à une petite Bourse de spectacles, ils sont venus, légèrement circonspects, pas très sûrs que Paris et ce “Centre culturel suisse” leur conviendraient. Et puis, oui, vraiment, Paris leur a plu, Paris s'est montré à la hauteur de leur exigence… Il …

Les Lufthunde: Ueli Bischel et Marcel Joller reviennent à Paris, car Paris leur a plu.

En mars l'année dernière, invités par le Centre culturel suisse à une petite Bourse de spectacles, ils sont venus, légèrement circonspects, pas très sûrs que Paris et ce “Centre culturel suisse” leur conviendraient. Et puis, oui, vraiment, Paris leur a plu, Paris s'est montré à la hauteur de leur exigence… Il faut dire qu'ils ont fait des ravages dans les cœurs, qu'ils ont séduit et enchanté l'environnement et qu'ils s'en sont bien aperçus…avec satisfaction!

Du coup ils ont traduits leur nom et s'appellent ici désormais “Les Chiens volants”, voilà qui convient parfaitement à leur longue pratique du Cirque Federlos (littéralement traduit : “sans plumes”) et ils nous racontent les Histoires de Mouche et Agaton. De plus ils ont accepté de jouer en alternance leurs deux derniers spectacles, “Mouche et Agaton en voyage” et “Le retour”. D'aillleurs, exceptionnellement, le  dernier jour de représentations, ils donnent à voir leur “Trilogie” en entier, ce qui donne:

“Mouche et Agaton devant le réfrigérateur”
Où comment un réfrigérateur en pleine mutation musicale s'avère plus habité qu'on croit - où le garçon de café de service a un caractère exécrable - et où une envie de danser le tango se révèle plus forte que tout.

“Mouche et Agaton en voyage”
Où une forêt d'automne, pleine de chants d'oiseaux, accouche d'une voiture d'enfant - où la recherche du paradis s'évanouit à cause de l'absence d'un chien - et où un jeu à règles modifiables à volonté manque finir… bien.

“Le retour”
Où, le paradis étant introuvable, il est plus compliqué qu'on croit de rentrer à la maison - où il est célébré une boulangerie fabuleuse - et où des jeux d'harmonium assez dangereux s'ornementent de layette… alors que, en définitive, il est minuit, la lune est pleine et l'enfant dort.

Devant cette Trilogie de l'absurde, la paternité de Godot assaille l'esprit, mais il y a là un quelque chose de personnel, de différent, qui ne nie pas l'évidente filiation beckettienne, mais qui confère aux “Chiens volants” une originalité complète. Ce quelque chose, c'est la grâce aérienne de leur abbération, la gracieuseté délicieuse de leur âme mal fagotée sous les chapeaux tout cabossés. Et au lieu du désespoir terrible que Godot l'absent nous balance, nous sommes portés par une émotion émerveillée, car tant de dignité, de bonne volonté, de gentilesse… au sein d'une si affreuse situation, dépasse l'entendement et ne peut que réconforter! Ce sens du délire aimable et consciencieux, c'est du grand art, c'est de la poésie à l'état brut.

Mouche et Agaton c'est d'abord un espace de jeu - un lieu aux contours imprécis, minuscule désert et chaos immense, dans lequel clopinent nos deux héros avec une incomparable dignité. puis ce sont ces personnages complexes et attachants, ces deux âmes courageuses qui tpatonnent dans leur existence bricolée, perpetuellement étonnés qu'il y ait tant de désordre et que l'harmonie universelle nécessite un tel travail quotidien “d'ordonnancement”… inexplicablement toujours à recommencer.

Ils ont le costume des anti-héros, bien sûr, mais c'est tromperie subtile, car quelle action d'éclat plus grande que celle de dompter le smonstres - ces monstres rampant qui peuplent la banalité de notre quotidien: la méchanceté, la mesquinerie, l'ennui, la médiocrité… ? Et ils font cela avec la grâce magique et l'innocence miraculeuse des fes, dont à déduire que, bien que de sexe masculin, les Chiens volants sont des fées, lequel honneur est très rarement accordé aux garçons! Pour résumer, leur baguette magique, c'est le Pouvoir de l'Imagination.

Texte: I.L.

jeu 21–30 janv 1988

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