Manuela Morgaine, Envers Compagnie

Blanche-neige, de Robert Walser

Mon 10 Dec 2001
Denis Maillefer Michel Corboz
Tableau vivant blanc sur blanc d'après le dramelet féerique de Robert Walser traduction Claude Mouchard (éd. José Corti) mise en scène de Manuela Morgaine, Envers Compagnie Blanche-Neige. Les frères Grimm l'ont écrit. Et ensuite Robert Walser. Walt Disney et João Cesar Monteiro l'ont filmé. Le premier, en dessin animé technicolor, le second, tout en noir. Enième version de …

Tableau vivant blanc sur blanc d'après le dramelet féerique de Robert Walser traduction Claude Mouchard (éd. José Corti) mise en scène de Manuela Morgaine, Envers Compagnie

Blanche-Neige. Les frères Grimm l'ont écrit. Et ensuite Robert Walser. Walt Disney et João Cesar Monteiro l'ont filmé. Le premier, en dessin animé technicolor, le second, tout en noir. Enième version de Blanche-Neige, celle-ci, Blanche Neige sans trait d'union, choisit le blanc, la surexposition, le féerique, le revenant, l'hiver, la glace, la neige de flocons et la neige de pétales, les figures sorties d'un cercueil de verre et les mots tournés en boîtes à musiques. Pas vraiment un spectacle ni une chorégraphie ou performance, ni tout à fait un concert, ni un théâtre d'ombres, mais un tableau vivant, radiophonique, ce qu'en 1900, au temps de Walser, d'Isadora Duncan, de Mallarmé et de Maeterlinck, on appelait un « drame statique ». Ici les voix jouent le geste archaïque et répétitif du lent poème méconnu de Robert Walser. L'espace sonore rêve de dessiner, avec ses pics de fréquences, le paysage dentelé des Alpes. Et cherche, au c&brkbar;ur de la modernité, là où sont passées les neiges d'antan. La nuit de Noël 1956, Robert Walser tombe mort dans la neige. Il est habillé d'un costume noir. Son chapeau est posé à côté de lui. En 2000, João Cesar Monteiro filme Branca de Neve dans le jardin botanique de Lisbonne, en plaçant sa veste noire sur l'objectif de la caméra, tout du long du tournage : la voix in (disant le texte de Walser en portugais) et l'image off donnant à voir durant presque tout le film, un écran noir. Comme pour recueillir le point de vue du mort. Expériences mineures, intérieures, comme gants retournés sur des lignes de mains si particulières qu'elles saluent avec fantaisie, velours, feutre, silence, obscurité, un monde d'apparences trop lyriques. C'est en hommage à l'homme écrivain Walser, et à la doublure noire de l'écran de Monteiro, que cet objet d'un soir, fantôme, dépose le linceul de ses légendes. Un linceul ouaté, blanc, neige.

Mon 10 Dec 2001

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